Le Violon du fou au Théâtre de la Tête Noire – Saran

Pour préparer chaque représentation, Louise Lévêque rencontre des adolescents des lieux où se joue le spectacle. Elle leur propose d’en devenir auteurs et interprètes. Ils écrivent et défendront sur scène leur Poème Documentaire composé à partir des phrases interrogatives qu’ils ont reçues au quotidien. Ici à Saran, elle a rencontré deux classes de collèges (Pelletier et Montjoie), un atelier théâtre et des jeunes du quartier Vilpot. Pendant ces rencontres, elle les enregistre par petits groupes pour réfléchir aux thématiques du Violon du fou, les interroger sur leur adolescence et enrichir sa collecte de voix d’adolescents qui s’intégreront au spectacle.

 

En relisant les poèmes que j’aime…

EMPORTEZ-MOI

Emportez-moi dans une caravelle,

Dans une vieille et douce caravelle,

Dans l’étrave, où si l’on veut, dans l’écume,

Et perdez-moi, au loin, au loin.

Dans l’attelage d’un autre âge.

Dans le velours trompeur de la neige.

Dans l’haleine de quelques chiens réunis.

Dans le troupe exténuée des feuilles mortes.

Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,

Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,

Sur les tapis des paumes et leur sourire,

Dans les corridors des os longs, et des articulations.

Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.

 

La nuit remue, Henri Michaux

Cantor Bourdeaux – Hede

Cantor Bourdeaux pendant la résidence à l’Estran. Frédéric Jouhannet lui apprenait un morceaux qu’ils joueront ensemble.

Les photos du spectacle et celles prises pendant des moments de travail sont de Calypso Baquey, interprète du rôle D’Ingrid.

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L’adolescence – David Le Breton

C’est en entendant parler à la radio le sociologue et anthropologue David Le Breton que je comprends le lien entre les deux personnages du Violon du fou et l’adolescence contemporaine. C’est à partir de ce moment là que j’ai décidé d’adapter ce texte et de le mettre en lien avec des paroles de jeunes gens. Hede et Ingrid sont à l’entrée de la vie adulte mais sont empêchés par leurs peurs, leurs doutes, leurs fragilités. Lui plonge dans l’errance, elle cède à la tentative de blancheur. Ils se sauveront l’un l’autre en trouvant la force de donner et de recevoir de l’amour. Ils accéderont à une identité solide grâce au regard de l’autre.

Quelques extraits de textes de David Le Breton

“L’adolescence précède l’entrée dans la vie et se traduit par un va-et-vient entre la turbulence et la construction de soi.”

“L’adolescent reste interdit un temps devant l’infinie richesse du monde. L’adolescent s’effraie d’être. Puis, au saisissement succède la réflexion : penché sur le fleuve de sa conscience, il se demande si ce visage qui affleure lentement du fond est bien le sien. La singularité d’être se transforme en un problème et une interrogation, en une conscience qui interroge.”

“Les conduites à risque touchent surtout ces jeunes mal assurés de leur valeur personnelle, indécis sur le sens de leur vie. A travers elles ils tentent de se forger un chemin en s’affrontant durement au monde, en jouant avec leur existence à travers des épreuves personnelles venant remplacer les anciennes formes de transmission. Grandir a perdu de son évidence, il faut parfois forcer le passage vers l’âge d’homme quand on ne se sent pas accueilli.”

“L’adolescence est une épreuve de vérité, le moment où le regard des autres se porte sur soi avec des attentes plus précises. Le «qui suis-je ?» appelle de plus en plus la question corollaire : «pour qui ?».”